Entretien avec Charlie Clouser
Charlie Clouser considère Ableton comme le “saint-graal des logiciels”. Cette désignation vient d'un homme ayant connu ou travaillé sur pratiquement tout élément de matériel et logiciel numériques depuis l'aube de la technologie.
COMPOSER POUR FASTLANE AVEC ABLETON
Charlie Clouser considère Ableton comme le “saint-graal des logiciels”. Cette désignation vient d'un homme ayant connu ou travaillé sur pratiquement tout élément de matériel et logiciel numériques depuis l'aube de la technologie. Dans la suite de son activité de claviériste avec Nine Inch Nails, Clouser compose maintenant pour la nouvelle série d'action de Fox TV, Fastlane.
ABLETON : Votre configuration est un peu différente de ce à quoi on pourrait s'attendre.
CHARLIE CLOUSER: J'utilise deux Macs a double processeur 1 GHz Macintosh côte à côte ; Pro Tools tourne sur l'un, et Live et Reason sur l'autre. L'ordinateur Live comporte une carte RME Hammerfall avec connexion Lightpipe vers la grosse machine et une interface M-Audio MIDISPORT 4x4 MIDI, asservi par signal d'horloge à un séquenceur maître. Il n'y a pas d'entrées ou de sorties analogiques sur ma machine Live ; c'est attaché à 24 canaux de ponts ADAT sur le système Pro Tools. Quand je travaille sur Live, j'utilise jusqu'à 12 paires stéréo, qui apparaissent sur les faders de Pro Tools. En gros, je conçois Live comme une boîte à rythmes. C'est aussi facile à utiliser qu'une boîte de Coca. Ça peut fonctionner toute la journée sans planter. Je suis de la vieille école – j'ai encore des piles de boîtes à rythmes. Si vous appuyez sur la barre espace sur Pro Tools, tout s'allume et se met marche – dans le style traditionnel. J'utilise Live de la même manière. C'est vrai que j'y réalise certaines interprétations, mais j'enregistre toujours sa sortie comme un instrument, que j'enregistre ensuite sur mon multi-pistes, qui n'est rien d'autre qu'un autre ordinateur.
ABLETON : Quel est le rôle de LIVE dans votre processus de production ?
CHARLIE CLOUSER: Live a remplacé environ 50% de ce pour quoi j'utilisais les appareils d'échantillonnage, à savoir pour découper des boucles et créer mes propres interprétations rythmiques des bouts récupérés à partir des boucles dont j'aime le son.
Live est littéralement le saint-graal des logiciels. J'ai attendu 15 ans pour avoir une méthode pour pré-écouter mes boucles, une après l'autre, synchronisées avec mon morceau. Un clic de souris, un bouton. J'ai même offert une récompense pour celui qui résoudrait ce problème. Plusieurs d'entre nous étaient prêts à débourser 5000 dollars pour que quelqu'un le programme ! Et puis Live est sorti – j'ai fait 100 kilomètres pour aller chercher la première copie le jour de lancement aux Etats-Unis. Simplement la possibilité de choisir les boucles et d'écouter le rendu dans le contexte de la chanson a révolutionné ma façon de travailler.
Avant, je passais des heures à concevoir un instrument pour SampleCell, qui chargeait 60 boucles et ajustait leur pitch. Charger ces instruments de 32 Mo prenait trois ou quatre minutes. Ensuite j'actionnais la molette de pitch en haut et en bas pour les entendre en synchro avec ma chanson. Maintenant je n'ai qu'à les sélectionner sur Live et laisser aller. C'est inutile d'avoir 10 000 échantillons si ça prend une journée pour en entendre 500.
Mon ancien processus comportait au moins sept étapes : sélectionner une boucle ; ajuster le pitch au morceau ; la couper ; improviser un morceau ; quantiser (une partie cruciale) ; éditer le morceau ; puis enregistrer le morceau en tant qu'audio. Avec Live les étapes sont : sélectionner les boucles – incroyablement simple ; les découper – faire glisser les cellules dans Live et les mettre à leur point de départ, ce qui ne prend que quelques secondes. Par conséquent Live a supprimé les 5 étapes suivantes : je devais jouer, puis quantiser, et enfin enregistrer l'audio. Grâce au système de travail de Live, j'obtiens dorénavant un morceau quantisé. J'improvise tout au long de la chanson, jette les bouts que je n'aime pas et enchaîne ceux qui me plaisent – je pense aux découpages démentiels du style Fat Boy Slim avec des solos de drum and bass jungle. C'est ridicule – je crée ces montagnes de son que je n'aurais jamais pu réaliser autrement. Je peux désormais réaliser ces choses étonnantes qui sont propres à l'improvisation par leur nature, sans besoin d'être assisté par une armée de techniciens pour les peaufiner et en tirer des données utilisables.
ABLETON : Comment LIVE contribue-t-il à votre composition de bandes originales ?
CHARLIE CLOUSER: Fastlane est une série télé policière très énergique avec énormément de musique live que nous devons réaliser en un temps record – un genre de reprise bidon de G-Funk. Je prends des éléments finis et les coupe en boucles de 4 et 8 mesures et les balance sur Live. Je peux alors recréer le morceau à n'importe quel tempo ou tonalité. Si nous devons accélérer ou ralentir une partie, nous pouvons le faire sur Live. Si nous devons changer la tonalité, par exemple si elle bute contre le repère d'une autre tonalité, c'est simple à réaliser sur Live. C'est tellement rapide, que ça en devient idiot.
ABLETON : Vous voulez ajouter autre chose ?
CHARLIE CLOUSER: Avec Nine Inch Nails, ça nous a pris deux ans de terminer un disque. Aujourd'hui je termine les repères en 7 minutes. Sans Live, ce serait simplement impossible. 8 secondes après avoir téléchargé la démo, je savais qu'il me le fallait – à n'importe quel prix. Je ne suis pas ce genre de musicien informatique qui travaille dans sa chambre avec un ordinateur portable –– dans mon studio il y a quatre processeurs qui tournent et des échantillonneurs tapissant les murs. J'ai honte de le dire, mais ils auraient pu le proposer à n'importe quel prix – peu importe ce que ça coûte, je ne pourrais pas travailler sans. Live est le must !




